Kävely Lapissa – chapitre 4 : sur le Kevon Reitti

Bande-son : Bengt Ollén – Trilo

Dans le chapitre 3 de ce récit, je traversais la zone « sauvage » des Muotkatunturit. Arrivée au petit village de Karigasniemi, à la frontière norvégienne, je me suis posée dans un petit camping.

Jour 9 – 23 août. Jour off.

La nuit au chaud dans un bon lit a fait du bien, même si mes pieds restent douloureux au réveil : ils n’ont pas du tout apprécié les 40 km de la veille dans l’humidité, et je pense que le relâchement à l’arrivée au village fait que toutes les douleurs s’autorisent à se manifester.

Je décide de rester 24 heures au camping, puisque j’ai au moins une journée d’avance sur ce que j’avais prévu. Mon linge va pouvoir sécher, je vais ravitailler tranquillement, prendre le temps de régler deux ou trois emails pour ma rentrée, et surtout retravailler mon itinéraire.

Le matin, je vais au supermarché de Karigasniemi, à quelques centaines de mètres du camping. C’est vraiment le centre vital du village, juste à côté de la station-service.

Naïvement hier, en marchant vers ce point sur la carte, ce village, seul village depuis 100km, je m’attendais à, je ne sais pas, une place, une église, des maisons qui se regardent, un sentiment de communauté. Je crois que mon inconscient avait besoin de sentir qu’il allait être accueilli quelque part. Cela m’avait semblé fou, en parcourant les longs kilomètres d’entrée dans ce village, le long de la route goudronnée, de ne rien voir de communautaire, rien qui puisse suggérer une vie sociale.

C’est dur quand on sort de plusieurs jours isolée, de croire qu’on va retrouver la communauté des humains, et de constater que cette communauté n’existe pas. Évidemment elle existe, mais très différemment de ce que j’attendais.

Ce supermarché, donc, est un K-Market comme dans tous les villages de Laponie. Dehors des voitures finlandaises et norvégiennes (la frontière est juste au bout du village, de l’autre côté de la rivière). Des voitures avec des gros pare-buffles (ou plutôt rennes) devant, et des gros phares supplémentaires qu’on imagine fendre les longues nuits hivernales : on est bien au nord du Cercle polaire, il y a donc des périodes de nuit polaire complète ici. Dedans, toute la population du secteur. Le supermarché est plutôt bien achalandé, mais j’ai parfois un peu de mal à trouver ce que je cherche, parce que sur les emballages les informations sont marquées en finnois, suédois (les deux langues officielles de Finlande), en norvégien et en russe, mais assez peu en anglais. Les panneaux dans le magasin sont en finnois, en Sami et en norvégien. Ici, tout le monde ne parle pas parfaitement anglais comme dans les grosses villes. Je finis tout de même par trouver de quoi refaire des stocks pour une semaine. Je rachète un peigne pour remplacer celui perdu, et un minuscule nécessaire de couture qui faisait clairement partie des choses qui me manquaient, à la fois pour réparer mon matériel, ou servir à d’autres usages comme percer des ampoules…

Karigasniemi est un village d’à peine 300 habitants, on en fait vite le tour. Je rentre avec mes courses au camping, et prends un certain temps à défaire les emballages, reconditionner mon ravitaillement, faire le tri de ce que je prends ou pas. Une semaine de nourriture, c’est environ 3 kgs si on optimise bien. J’ai privilégié le frais pour mes repas au camping, et pour le premier jour de marche. Ensuite, comme d’habitude ce sera plutôt du sec ou du réhydraté, agrémenté de myrtilles cueillies sur place comme fruits.

Déjeuner assise à une table, abritée, avec des couverts, en buvant un cidre : retour à la civilisation !

Mon linge sèche lentement, il ne fait ni très beau ni très chaud. Lorsqu’il fait 15 ou 18 degrés c’est absolument parfait pour marcher, mais en plein mois d’août c’est un peu frisquet au camping. Je suis habillée un peu n’importe comment : mon unique pantalon sèche, alors je reste avec le caleçon long en mérinos que j’utilise pour la nuit. J’ai lavé mon pull léger en polaire, alors j’ai ma petite doudoune. Bref, je dois faire mentir tous les clichés sur le chic français, mais ce n’est pas grave. Et puis il y a finalement peu de monde, dans ce camping. Les finlandais ont déjà terminé leurs vacances, les écoles ont rouvert.

Pendant cette journée de pause, je réfléchis également à la suite de mon itinéraire.

J’avais prévu, en repartant de Karigasniemi, de longer la grande route qui mène à Inari sur une dizaine de kilomètres, puis de rentrer dans le parc naturel du Kevon Reitti, sur un sentier très balisé, et de partir ensuite au bout de deux jours vers le Nord-Ouest en complet hors-piste, pour rejoindre après trois ou quatre jours de marche un petit sentier de randonnée (l’Utsjoen Reitti) qui m’emmènerait vers le village d’Utsjoki, à la frontière Nord de la Finlande.

La météo est annoncée très mauvaise, pluvieuse et venteuse pour l’ensemble de la semaine, les températures ont chuté en dessous des 10°C, on annonce un passage en dessous de zéro dans les nuits qui viennent.

J’ai pu voir lors de ma première semaine de marche que le terrain est compliqué, non seulement à cause des marécages que j’avais bien anticipés, mais aussi par la présence de très nombreux trous de cailloux dans lesquels il serait assez dangereux de se coincer ou casser une jambe. J’ai une grande part de l’itinéraire à faire en hors sentier complet, sans le fil ténu du vieux chemin que j’ai quand même suivi au moins au GPS sur plus de 80 % de mon itinéraire jusqu’ici. L’itinéraire que j’ai bricolé avant de partir n’a pas le côté rassurant d’un vieux chemin, même disparu, mais dont on est sûr que « ça passe ». J’ai quelques rivières un peu importantes à passer à gué, aussi.

Bref, je ne suis pas très rassurée. C’est paradoxal car je n’ai eu aucun problème pendant ma première semaine de marche, et je suis en pleine forme physique, mais je ne me sens pas à l’aise à l’idée de partir dans cette immensité inconnue.

Je choisis donc d’abandonner mon idée de jonction « sauvage » entre le Kevon Reitti et l’Utsjoen Reitti, pour privilégier une forme de plaisir dans la marche qui passe, pour moi à ce moment-là, par une réduction de la difficulté.

À ce moment-là je trouve un peu dur de reconnaître que je n’ai pas le courage ou l’envie de faire quelque chose de difficile et je me demande ce que je vais « perdre » comme expérience, mais en même temps je me dis que la sagesse me pousse et que je ne suis pas obligée de revenir en ayant forcément dépassé ou taquiné de trop près mes limites physiques ou mentales. J’entame une année de travail difficile et très chargée, je le sais d’avance, je préfère la commencer en pleine forme.
La météo qui s’annonce très mauvaise pour les 4-5 jours qui viennent, avec froid, vent et pluie, termine de me convaincre que je fais le bon choix.

Je décide donc de faire en entier le sentier du Kevon Reitti sur ses 65 km SO-NE, puis de rejoindre la route, remonter jusqu’à Utsjoki en stop, et ensuite me balader sur l’Utsjoen Reitti et globalement improviser des balades soit autour d’Utsjoki soit en redescendant vers Inari.

Jour 10 – 24 août. 15 km

Il fait un temps épouvantable quand je me réveille ce samedi 24 août. La pluie tombe, tombe… le départ va être difficile.

Je vais me doucher lentement, prends mon petit déjeuner lentement, fais mon sac lentement, en espérant qu’il arrête de pleuvoir, rien n’y fait.

Le fils du patron du camping, seule personne à parler un peu anglais ici, me dit qu’il est illusoire d’attendre une éclaircie quand il fait gris et bas depuis le matin comme ça.

Je me décide à partir vers 11h. Les premiers kilomètres sur la route goudronnée, nécessaires pour rejoindre le démarrage du chemin, sont très pénibles. La route est désespérément large et droite, entre les sapins. Le bas côté n’est pas très pratique pour marcher. Je vois un début de piste de motoneige qui peut m’emmener presque au début du chemin, mais c’est une pataugeoire sans nom, je préfère encore la route. J’ai mis le sur-pantalon imperméable pour marcher, la capuche au ras des yeux, les surmoufles imperméables sur les mains. On est le 24 août, je me traîne comme un escargot sous une pluie qui tombe lourde, longue, froide.

Heureusement au bout de quelques kilomètres une voiture s’arrête : c’est une vieille dame allemande qui m’a reconnue, elle était au camping aussi, elle retourne vers Inari, et me propose de m’avancer jusqu’au début du chemin, ça ne fait que 6 km mais j’accepte avec joie ! Vraiment marcher sur le bitume et cette route interminable ne me manquera pas.

Je suis donc au début du Kevon Reitti vers 12h30. Il y a plusieurs voitures garées sur le parking. Je lis sur un panneau les obligations : ne pas sortir du chemin, bivouaquer et cuisiner uniquement sur les emplacements autorisés et bien indiqués sur la carte.
Ok… ça ne rigole pas. Et ça promet d’être très différent de ma première semaine beaucoup plus sauvage. On est ici dans une stricte réserve naturelle où la nature est préservée, encore plus qu’ailleurs.

Je déjeune avant de démarrer, puis m’engage sur le chemin, toujours sous une pluie fine persistante. J’enlève et remet mon pantalon de pluie pour la troisième ou quatrième fois depuis ce matin, j’ai tout de suite trop chaud dedans, c’est agaçant.
L’itinéraire est très, trop bien balisé en rouge. J’ai l’impression au début de marcher dans un jardin public, c’est assez monotone. Heureusement cela changera ensuite. Mais pour ce début de marche, je me pose des questions sur mon choix, en me disant que je ne vais pas supporter ce chemin si balisé, qu’en fait je vais le quitter comme prévu le lendemain parce que c’est trop propre. Mon échelle de valeurs a été complètement perturbée, alors même que ce chemin est considéré comme difficile.

Je croise un couple de randonneurs, puis dépasse deux femmes d’une bonne quarantaine d’années. Tous ont des sacs absolument énormes. Avec quatre personnes croisées j’ai l’impression d’être sur une autoroute à randonneurs, comparé à ma semaine précédente ou je n’avais vu absolument personne !

Je marche environ 3h30 cet après-midi. J’attendais beaucoup du paysage au vu de la carte, notamment parce que je suis sur un chemin qui passe sur une langue étroite entre deux lacs, mais en fait on ne voit rien du tout, les pins sont trop touffus. Et le ciel est totalement bouché, la pluie persistante jette un voile gris que rien ne vient transpercer.

J’arrive au site de Ruktajärvi en fin d’après-midi. C’est le « campsite » autorisé que je vais utiliser cette nuit. Il est très équipé : c’est une cabane confortable pour 8 personnes, avec des bas-flancs et un poêle à bois, un gros stock de bois sec à brûler, un laavu un peu à l’écart, des toilettes sèches, et même des poubelles à tri sélectif pour les déchets ! C’est la norme sur cet itinéraire très balisé, mais cela me surprend pour cette première fois.

La cabane de Ruktajärvi

Les deux femmes que j’ai dépassées me rejoignent un peu après, pendant que je fais du thé. Elles mangent là, nous discutons, puis repartent pour camper sur un autre site quelques km plus loin. Un jeune homme arrive, mange également avant de repartir. C’est le dîner des finlandais vers 17h30, alors que je suis en train de goûter ils dînent.

Tous sont très interrogateurs sur mon « petit » sac, ils ont tous des sacs de 20 kgs et le mien est deux fois moins gros.
Le jeune homme notamment me pose mille questions, alors je sors à peu près tout ce que j’ai dans mon sac pour lui montrer mon matériel. Il est très intéressé par l’allègement et la philosophie de la randonnée légère qu’il y a derrière, ainsi que par mon itinéraire de la semaine précédente hors sentiers balisés. Il me dit que les finlandais randonnent peu en dehors des parcs nationaux balisés et a l’air de trouver ça dommage, plaisantant sur le fait que ce soit une étrangère qui lui ouvre les yeux sur des nouvelles possibilités.
Les deux femmes en revanche sont plus réticentes à l’allègement et aux excursions en liberté, mais elles sortent une quantité impressionnante de nourriture (des plaquettes de beurre de 500g, des conserves !) de leurs sacs, qu’elles sont très enclines à partager, en me disant que ça les allégera. Alors on gueuletonne et on s’entend bien.

L’amitié entre les peuples, ça passe (aussi) par un godet de mauvais brandy partagé !

Nous discutons de leur application nationale 112 qui permet une bonne localisation avec coordonnées automatiques en cas d’accident, mais elles ne sont pas sûres que ça fonctionne sans réseau, et s’il faut une carte SIM finlandaise ou pas. Mais ça peut être une bonne sécurité. De mon côté, mes amis m’ont offert pour mon anniversaire (en avance) un GPS avec abonnement Iridium (mensuel) et bouton de SOS qui est une vraie sécurité, mais pas forcément nécessaire sur cet itinéraire très rangé.

Mes trois comparses s’en vont, puis arrive un couple de jeunes gens, qui eux vont rester. Je ne suis plus habituée à tant de monde ! Suvi et Jaakko sont très sympathiques, on passe une bonne soirée à papoter, sur l’allègement mais également sur plein de sujets concernant la Finlande et la Laponie. Ils sont tous deux étudiants, en couple depuis un petit moment, et randonneurs avertis. C’est leur première fois en Laponie, ils découvrent tout comme moi.

La nuit se passe confortablement sur les bas-flancs en bois, dans la chaleur de la cabane chauffée au poêle.

Vue sur le lac devant la cabane, avant d’aller dormir.

Jour 11 – 25 août. 20 km

Je me réveille tôt, et me prépare tandis que Jaakko et Suvi traînent dans la cabane. Je pars en les laissant derrière mois. Ils rangeront et nettoieront la cabane, pour ma part j’ai pris en charge le nettoyage du poêle et la brassée de bois à rapporter à l’abri.

J’ai 14 km à faire avant l’endroit où je prévois de déjeuner. Les zones où il est possible de s’arrêter sont très bien délimitées et pas trop mal réparties, tous les 10 km environ il y a un abri plus ou moins grand et confortable.

Ce seront 14 km difficiles, dans un vent glacial, sous la pluie, sur un chemin exposé aux éléments sans un seul arbre, caillouteux, qui m’explose les pieds et me tord les chevilles. La température a réellement baissé, et c’est la première fois que je marche en gardant ma polaire sous la veste de pluie, sous-gants en coton et surmoufles imperméables sur les mains, bonnet sous la capuche de la veste, sur-pantalon imperméable.

Ah, on est loin de l’ambiance « jardin-public » de la veille. Je reconsidère immédiatement tous mes projets de finalement partir en hors-sentier. La très faible visibilité et le mauvais temps, le relief légèrement plus abrupt que la semaine précédente, et la caillasse omniprésente me ramènent à la raison.

Ambiance brume et pluie sur le massif du Kevon

Je déjeune dans une hutte fermée où j’allume le poêle, et où me rejoignent ensuite tous les autres randonneurs : Jaakko et Suvi qui sont partis une grosse heure après moi, les deux femmes qui avaient bivouaqué plus loin et que j’ai dépassées le matin, et le jeune homme qui était également passé la veille à la cabane précédente.

C’est l’inconvénient d’être sur un chemin ultra balisé et obligatoire : on doit forcément se suivre tous. Mais là heureusement tout le monde s’est très bien entendu.J’ai du mal à me réchauffer et reste, après le départ de tout le monde, pour une sieste à côté du poêle de la hutte. Il continue à pleuvoir dehors. Il ne me reste que 6km à faire avant la prochaine cabane, qui semble-t-il n’est pas très confortable. Je me sens un peu contrainte par ces arrêts obligatoires. 6 km dans l’après-midi c’est vraiment peu, mais je n’ai pas forcément la forme pour en faire une vingtaine. Bref, je profite du poêle et me laisse doucement envelopper de chaleur en somnolant et en lisant Harry Potter sur ma liseuse.

Je pars vers 17h et longe sur mon chemin le fameux canyon de Kevo, unique dans toute la région, qui donne son nom à ce trail et justifie le classement de toute la zone en réserve intégrale protégée. Malheureusement il fait vraiment un temps épouvantable, qui ne rend pas justice à la majesté du lieu.

Le Canyon de Kevo, zone absolument protégée : il est interdit de descendre dans le fond.

Le chemin est toujours aussi caillouteux, j’ai les pieds trempés, et le moral dans les chaussettes.
En arrivant en vue du bivouac du soir, j’entends d’énormes chutes d’eau, que je vois ensuite, et je réalise qu’il va falloir traverser la rivière qui en découle avant d’arriver au bivouac. Oups.
Il pleut toujours des seaux d’eau, il fait froid. Ce genre de moment où on se demande ce qui nous passe par la tête pour être là, au fin fond de la Laponie, en plein mois d’août à 0° sous des trombes d’eaux.

En arrivant à la rivière je vois donc une énorme masse d’eau, des gros rochers, et heureusement une corde et des poignées pour traverser, ce qui me rassure pas mal.
Comme j’en ai un peu marre et que le bivouac est juste de l’autre côté, je traverse sans déchausser du tout, ce qui est un peu idiot. Mes chaussures ne seront qu’à peine sèches le lendemain matin, malgré une nuit près du feu.

Les autres sont arrivés un peu avant moi (je marche en fait beaucoup plus vite qu’eux, ce qui n’est guère étonnant vu que je porte entre 5 et 10 kgs de moins), et ils ont fait du feu dans cette étonnante cabane de hobbit recouverte d’herbe.

Il y a également un monsieur, la soixantaine, qui ne parle pas du tout anglais. Il est calé dans le fond sombre de la cabane, ne parle quasiment pas, et en tous cas pas à moi. Restent à dormir ici ce soir ce monsieur, qui a prévu d’utiliser le sol de la cabane, les deux femmes, Jaakko et Suvi, et moi.

La cabane de hobbit

Je me change et mets mes affaires à sécher devant le feu, puis ressors sous la pluie planter ma tente. C’est difficile sur cet emplacement assez étroit et au sol très dur. J’utilise pour m’isoler de l’humidité et du froid une sorte de grande palette en bois disponible à côté de la cabane, visiblement c’est un équipement courant des cabanes et très utilisé l’hiver pour s’isoler de la neige. Je suis comme d’habitude impressionnée de l’équipement des lieux, si loin de tout.

Je tends ma tente tant bien que mal (plutôt mal), la palette m’empêche de pouvoir m’allonger totalement sans toucher la toile.

La soirée se passe autour du feu, à lire et discuter. Le monsieur taciturne a l’air de raconter des choses très intéressantes, tout le monde l’écoute patiemment lorsqu’il parle, ce qui est rare. Il semble écouter la conversation, et de temps en temps prend la parole pour un long moment, avec une voix très grave et un peu rauque. Le reste du temps, il fume une petite pipe en bois. J’ai dit aux deux jeunes Suvi et Jaakko de ne pas s’embêter à me traduire la conversation. J’écoute comme on écouterait une musique, la langue finnoise est très rythmée et totalement hermétique, elle s’y prête bien. De temps en temps ils m’incluent dans la conversation, en anglais. L’ambiance est très chaleureuse, le contraste avec ma semaine précédente si solitaire est frappant.

J’ai l’impression d’être entourée de beaucoup de chaleur humaine alors qu’il n’y a que cinq personnes qui en plus ne sont pas envahissantes. On est bien, dans cette cabane de conte éclairée par les braises du feu, si basse de plafond, aux vieux bancs en bois usés par des générations de fesses de randonneurs ou de trappeurs.

Jour 12 – 26 août. 20 km

La nuit n’a pas été si mauvaise sous une pluie soutenue et un air glacial, si ce n’est que je ne pouvais m’étendre totalement pour dormir, la claie / palette en bois me surélevant de 20 cm environ. Mes pieds et tête touchaient trop facilement la toile du tipi, il m’a fallu veiller à ne pas prendre d’eau par la toile.

Cette nuit la température est descendue en dessous de zéro degré, les herbes au matin sont blanches. On est le 26 août.

J’entends le vieil homme partir vers 5h du matin, je sens à l’odeur de fumée qu’il a rallumé le feu dans la cabane à côté. Je me rendors puis me lève vers 8h, il pleut encore mais moins fort.

Dès qu’on est un peu nombreux, ça traîne. Après un petit déjeuner et un rangement un peu lents, je dis au-revoir à mes colocataires. Ils font tous une boucle sur le chemin vers l’ouest puis reviennent au point de départ du chemin au sud, alors que je vais continuer droit vers le nord / nord-est.

Mon chemin est toujours très humide, avec des averses fréquentes. J’enchaîne des montées et des descentes avec presque aucune visibilité, le mauvais temps bouchant tout au-delà de 50 ou 100 mètres de vue.

Je déjeune au bord d’une grosse rivière que je vais avoir à traverser deux fois dans l’après-midi. La température est basse, je n’arrive pas à réchauffer mes pieds mouillés dans les marécages.

Sur ce chemin les plus grosses zones marécageuses sont couvertes par des chemins de planches, de même que les gros dénivelés sont aménagés en escaliers. Pour autant ça n’empêche pas de finir fatalement à un moment où un autre avec les pieds trempés.

La rivière que je dois traverser, la Kevojoki (ou Geavuu en sami) est large, froide, mais peu profonde. Il y a des cordes pour traverser mais on pourrait s’en passer, même si le courant est toujours assez vif. C’est la grande différence avec les rivières de la semaine précédente, ici le chemin emmène bien au meilleur endroit pour traverser, et la corde est un élément rassurant.

J’ai de l’eau un peu au dessus des genoux mais ça reste faisable sans risque. Je traverse avec mes petites chaussures légères de bivouac pour ne pas trop mouiller mes chaussures de marche, et je les mets à sécher ensuite accrochées au sac. Les finlandais que j’ai croisés ont, pour la plupart, des Crocs accrochées au sac qui servent pour les traversées de rivières et les bivouacs également.

J’arrive vers 17h30 à un abri fermé très charmant au bord d’un petit lac. Je me pose pour la nuit.
J’aurais volontiers avancé un peu plus, mais c’est l’inconvénient de ce chemin où on est obligée de bivouaquer à des endroits précis : le prochain site est à une quinzaine de kilomètres, un peu trop loin pour mes capacités et envies du jour.

Ce type de cabane s’appelle une tupa. C’est comme un laavu, fermé avec un poêle au milieu et des bas-flancs sur les côtés.

Je fais un bon feu dans le poêle et sèche tout ce qui était mouillé de la nuit précédente et de la journée. Je suis à nouveau seule, et passe la soirée à lire en sirotant une sorte de tisane que je me suis faite avec de l’eau chaude, des myrtilles et des baies de genévrier.

Je n’aurai croisé personne de toute la journée, hormis mes compagnons de la nuit précédente. Finalement, ma crainte d’être sur une autoroute à randonneurs est infondée. On ne peut objectivement pas dire que croiser 5 personnes en 3 jours est une surfréquentation… Ce chemin est certes très balisé, très « facile », mais pour les conditions météo qui sont peu favorables, c’est sans doute ce qu’il me fallait. Ces journées de pluie froide se vivent toujours mieux quand on est au sec et près d’un poêle la nuit…

La nuit est douce, chaude, solitaire. Au petit matin, quand le poêle est éteint, le froid se fait plus mordant.

Jour 13 – 27 août. Jour off

Au réveil vers 7h, il pleut des cordes. Le ciel est bas, l’air froid, il pleut sans discontinuer. Je rallume du feu en me disant que ça va sans doute se lever un peu.

J’ai une vingtaine de km à faire pour terminer le sentier du Kevon Reitti et atterrir sur la route en Inari et Utsjoki, où je compte marcher en faisant du stop pour couvrir les 20 km qui resteront jusqu’au village d’Utsjoki .

La matinée avance et le temps ne s’améliorant pas, je me décide à un jour off. J’ai de toutes façons assez envie de profiter de cette cabane si confortable, et de savourer un peu la solitude. J’ai marché assez vite sur ce chemin très roulant, j’ai largement le temps de me poser et de bouquiner une journée. Les deux soirées « sociales » que j’ai vécues depuis mon départ sur ce sentier m’ont donné envie de me replonger dans mes lectures. Il n’y a plus qu’en randonnée solitaires que j’arrive à lire comme cela, des heures durant.

Je sors un peu chercher des myrtilles et des camarines noires, également des baies de genévrier pour refaire de la tisane. Ces baies sont mon seul apport « frais », elles sont abondantes mais assez longues à récolter puisqu’il faut les détacher une par une. C’est fatiguant la vie de nomade cueilleuse…

Je suis au sec et au chaud, et j’en profite pour soigner un peu mon ampoule qui a continué à me faire mal, ainsi que mes mains où j’ai de grosses crevasses, sans doute parce que j’ai trop tardé à marcher avec des gants et que le vent et l’humidité m’ont ravagé les mains. Je m’en veux de n’avoir pas fait suffisamment attention à cela les deux jours précédent. Occupée par la compagnie qui partageait mes cabanes, je n’ai pas pris soin de moi. Finalement, avec une météo un peu difficile, ça se paye vite.

Je prends aussi le temps d’écrire un peu, sur les couleurs, la flore et la faune que je vois. Je veux écrire parce que les photos ne suffisent pas vraiment à rendre la réalité, et je veux écrire avant que tout cela ne s’enfonce dans un coin de magma de ma mémoire.

Je suis frappée par l’extrême resserrement de la quantité de flore et de faune. Deux espèces d’arbres (pin et bouleau), quelques espèces animales, peu de types d’arbustes. Mais en contrepartie de cet éventail réduit d’espèces, chacune se distingue, porte une intensité particulière. Et en ces jours où on sent l’automne, la ruska, frémir, c’est comme si chaque élément voulait se mettre en avant par rapport aux autres, affirmer son importance et sa singularité.

Le petit lac devant la cabane

Le paysage est chargé de couleurs automnales. Suvi, rencontrée il y a deux jours, m’a dit que le mot « ruska » est dérivé de « ruskea » qui signifie « brun » (et n’a aucun rapport avec un mot russe). Cette ruska est presque une institution dans la culture finlandaise. C’est ce moment où l’automne démarre et explose tout d’un coup en mille couleurs chaudes, avant de s’évanouir vite dans les pluies et les brumes qui préfigurent l’hiver.

Cette ruska est si particulière et impressionnante qu’elle attire spécifiquement des randonneurs en Laponie, rien que pour voir cette explosion. Tous les randonneurs que j’ai croisés ces deux derniers jours sont là pour ça. Ils m’ont expliqué que la ruska démarre deux jours après que la température soit passée en dessous de zéro. Ensuite pendant 15 jours, trois semaines maximum, la nature s’enflamme puis s’endort dans l’hiver.

Ça ne devrait donc plus trop tarder.

Mais même avant la ruska, les couleurs de ce nord de la Laponie sont belles. On a du brun, du vert, de l’orange, du rouge, du rose, du jaune. Sols et plantes. La mousse blanche ou verte très pâle, comme si elle était très vieille. Elle est peut-être très vieille d’ailleurs, puisque la croissance des végétaux est très lente ici.
Parfois le lichen est si blanc que de loin on dirait de la neige. Les sols sont souvent recouverts de plants de myrtilles et de camarines noires, avec leurs feuilles pointues, presque épineuses.
Rien ou presque ne dépasse 30 centimètres de haut, hormis quelques saules arctiques et autres buissons qui virent au rouge.
La mousse est rouge, brune, verte, avec des nuances infinies dans le vert. Le granite gris et presque bleu-vert des pierres vient jeter un peu de froideur dans ces couleurs. Parfois, un bloc de minéral blanc, sans doute du quartz, posé en gros bloc par terre. D’autres fois des chaos rocheux impressionnants, sans doute des restes de glaciers, comme des coulées énormes.

Les bouleaux nains tordus sont, eux aussi, très blancs. Leur écorce se veine de traces noires ou rougeâtres. L’écorce pèle comme une peau sèche, en lambeaux qui volent au vent. Ils ne sont jamais très serrés, de loin lorsqu’on les voit et qu’il y a un peu de soleil, on pourrait penser à des champs d’oliviers du Sud. Dès qu’on monte un peu en altitude, et ici l’altitude c’est 300m, la densité des bouleaux baisse encore. Les pins, eux, ont déjà disparu à cette hauteur. Leur pousse clairsemée, droite, bleue-vert-gris, se concentre un peu plus bas. La faible densité des forêts leur donne une atmosphère un peu étrange et fantomatique.

Il faut penser à la victoire de la nature sur le climat que représente la pousse de chaque arbre, chaque plante. À ce que cela signifie d’énergie mise à survivre malgré les conditions impossibles de cette région. Au bout d’un moment, je suis presque émue lorsque je vois un de ces bouleaux tordu, biscornu, qui a réussi au bout de combien d’années à atteindre une taille de 5 mètres de haut ! Il en a eu du courage et de la fermeté face au vent, à la pluie, au froid.

Le soleil lui aussi résiste, je crois n’avoir quasiment pas eu de soleil franc sur moi, toujours un peu indirect, dans une clarté assez particulière. Tandis que la nuit elle-même est habitée de cette clarté du nord qui recouvre chaque chose, chaque paysage, d’un voile de délicate poésie.

J’écris donc, et somnole un peu en début d’après-midi, lorsque soudain quelqu’un entre dans la cabane. C’est un jeune étudiant, Sventtie, qui se fait son bol d’air annuel. Il vient en Laponie tous les ans au moins une semaine, seul, pour se recharger en air pur, en nature, en beauté. Il vient de terminer son service militaire et va bientôt démarrer son année universitaire.
Lorsqu’il arrive le ciel s’est un peu apaisé, je réfléchis à repartir, mais finalement je reste discuter avec lui.

On dit souvent que les finlandais sont un peu froids, n’ont pas le contact facile, ne nous laissent pas rentrer dans leur intimité. C’est vrai que les prises de contact sont plus mesurées qu’avec des méditerranéens et que de longues plages de silence s’installent entre nos conversations. Je trouve, depuis le début de cette balade (et mes contacts précédents aussi) que finalement on s’entend bien quand même, les finlandais et moi. Je suis une incorrigible bavarde mais qui aime la solitude, et je m’intéresse beaucoup à ce pays, son histoire, sa vie. C’est donc facile d’avoir de grandes discussions intéressantes et de ne pas sentir de malaise lors des silences.

Comme précédemment avec les jeunes randonneurs que j’ai rencontrés, je le trouve plus à l’aise à évoquer les questions de préservation des particularités des Samis, ou les relations avec la Russie, ou les voisins suédois et surtout norvégiens, que les finlandais plus âgés que je connais.
Nous parlons culture, politique, géopolitique, mais aussi nature, champignons, oiseaux et baies, et il m’explique longuement comment se fabrique une kuksa, cette tasse en bois typiquement sami que les randonneurs portent accrochée à la bretelle de leur sac.

Pour une « journée zéro » (pour zéro kilomètre marché), je trouve qu’elle a été bien remplie, sans doute pas de marche mais de réflexion et de compréhension, et nous nous endormons tôt.

Jour 14 – 28 août. 20Km de marche, 20km de stop.

Sventtie se lève à 6h et part dans la foulée, il doit rejoindre sa voiture au bout du chemin à 20km de là, puis rejoindre Oulu, grande ville universitaire au fond du golfe de Bothnie où il va démarrer son année universitaire.

Je prends davantage de temps et me prépare pour un départ autour de 8h30.
Dehors la brume a pris possession de tout le paysage, mais c’est une brume d’été, chaude et douce, l’air est beaucoup moins froid que la veille et on sent qu’il va faire beau.

Brume matinale

Je monte un peu sur les hauteurs et là, jusqu’à 10h environ, je vis un véritable enchantement. Je ne sais pas si les mots vont pouvoir décrire, en tous cas les photos sont clairement en dessous de la réalité.
Essayez d’imaginer. Il y a cette brume de chaleur qui masque le soleil, à l’Est. Lorsqu’on regarde par là, tout est fantomatique, noyé dans le nuage, sur un fond de toundra pelée battue par le vent.
Mais dès que la brume se lève, le ciel est d’un bleu délicat comme une peinture du 18e siècle, les couleurs de l’automne s’épanouissent, la Ruska, ce rapide et flamboyant automne finlandais, est arrivé d’un coup.

Dans le même temps donc, à gauche ou à droite, devant et derrière, cohabitent à la fois cette vision brumeuse et fantomatique, et l’explosion de couleurs de l’automne. Au loin un groupe d’une dizaine de rennes se promène et broute tranquillement son lichen.
Il n’y a aucun bruit. C’est ça aussi la particularité de ces hautes latitudes, c’est qu’il n’y a quasiment aucun oiseau quand on est sur ce paysage de toundra, les rares volatiles sont cantonnés dans les zones de forêt.

Dans ce silence donc, je marche sur un sol extrêmement rocheux, piégeux parfois, sec. Je marche lentement, je m’arrête toutes les 3 minutes pour prendre une photo tellement c’est beau, puis au bout d’un moment je décide d’arrêter de regarder cette beauté derrière un objectif d’appareil, qui de toutes façons ne rendra jamais entièrement l’atmosphère véritablement magique de cette matinée. Alors je range l’appareil, et je marche juste en profitant à fond, et plus qu’à fond, de cet instant de grâce et de rêve.
C’est bien pour cela que je suis là, et à cet instant je ne voudrais être nulle part ailleurs au monde.

La suite de la matinée est assez physique, le chemin n’arrête pas de monter et descendre, dans des chaos rocheux où plusieurs fois je glisse ou me tords un peu les pieds. Une dernière fois il faut traverser la rivière, elle fait entre 20 et 30 mètres de large à cet endroit. Heureusement pas trop profonde (jusqu’aux cuisses quand même) pour cette largeur, et le courant n’y est pas trop fort. Il y a une corde également pour sécuriser la traversée.

Dernière grosse rivière à traverser à gué. On distingue la corde et les poignées qui permettent de se sécuriser (ce n’est pas une tyrolienne !)

Je termine ce chemin du Kevon Reitti et ses 62 km officiels en milieu d’après-midi. Le chemin débouche sur la route qui mène à Utsjoki et à la frontière norvégienne au nord de la Finlande. Il n’y a pas énormément de circulation.

J’avais envisagé au départ de remonter le long de la route et d’attraper mon itinéraire suivant directement, il y a une vingtaine de km à faire le long de cette route, et pas vraiment de moyen d’y échapper : il y a plusieurs grosses rivières que je ne suis pas sûre de pouvoir traverser (j’en ai vu certaines ensuite : la réponse était effectivement non), c’est bien pour cela qu’au départ j’avais planifié de passer beaucoup plus à l’ouest.
Comme d’habitude, marcher le long d’une grosse route est le genre de chose qui m’agace très rapidement. Donc je tente ma chance au stop à chaque fois qu’une voiture passe (toutes les 5 minutes environ). Au bout d’une heure, une jeune femme s’arrête et me fait rigoler en me disant que si les finlandais ne prennent pas les gens en stop, ça n’est pas qu’ils n’aiment pas aider, c’est qu’ils ont bien trop peur de devoir parler avec leur stoppeur et que cela contrarie leur naturel taciturne.

Elle-même est Sami, originaire d’Utsjoki, et fait souvent la route entre ici et Oulu. Elle me dépose à Utsjoki devant l’entrée du camping.

Je plante ma tente dans un coin. Un vieux renne étique se balade au milieu de la dizaine de camping-cars qui sont ici, uniquement des finlandais qui viennent pêcher le saumon dans les prolifiques rivières de la région (encore un point commun avec l’Écosse !).

Je me douche, lave mes vêtements et passe la soirée au chaud.

Ici à Utsjoki, c’est comme à Inari ou Karigasniemi : le village n’a vraiment rien à voir avec notre image du village : il n’y a pas de centre, avec une église ou une maison commune, mairie ou autre. Pas de maisons rassemblées, au contraire. On sent que chaque maison ou groupe de maison fait très attention à être la plus invisible de la route et bien séparée des autres. Comme s’il n’y avait pas de communauté.

J’ai un peu interrogé les gens avec qui j’ai discuté dans les cabanes, là-dessus. Parce qu’au Sud de la Finlande il y a bien des villages « traditionnels ». Les explications sont un peu confuses et variées. L’un me dit que c’est parce que les villages sont nés très tard, et principalement de par l’exploitation du bois et des rennes, un peu artificiellement, peuplés par des hommes venant du Sud qui venaient de façon saisonnière jusque dans les années 50. D’autres me disent que cela tient à la culture familiale Sami, où la cellule de base est la famille élargie : on vit donc dans un hameau de 4-5 maisons avec sa famille, mais le village n’a pas vraiment d’intérêt communautaire.

Je reste avec mes questions, je sens qu’il y a encore beaucoup de choses que j’aimerais étudier.

À suivre : chapitre 5 – Splendeurs de la Ruska sur l’Utsjoen Reitti

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